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Lobbying : plus d'une organisation sur deux siège dans deux départements

Le répertoire de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique compte 3 704 organisations actives. Plus de la moitié siègent à Paris ou dans les Hauts-de-Seine, quatre déclarants sur dix consacrent moins de dix mille euros par an à cette activité, et l'agriculture y est le premier domaine d'intervention cité.

Par Clémence PGRAI8 minMis à jour le 3 septembre 2026

Hommes d'affaires
8 min de lectureSommaire

Cette page suit le répertoire des représentants d'intérêts tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Toute organisation qui cherche à influencer une décision publique doit s'y inscrire et déclarer ses actions. Les chiffres ci-dessous ont été relevés le 3 septembre 2026, sur la version du fichier mise en ligne la veille.

Le répertoire compte 4 079 organisations, dont 3 704 encore actives : les 375 autres ont déclaré cesser leur activité de représentation. C'est sur ces 3 704 que porte tout ce qui suit.

Deux départements rassemblent plus de la moitié des organisations actives

Sur les 3 704 organisations actives, 2 083 ont leur siège à Paris ou dans les Hauts-de-Seine, soit 56,2 % du total. Paris en concentre 1 642 à elle seule, les Hauts-de-Seine 441.

Aucun autre département n'approche ces niveaux. La concentration est donc double : sur l'Île-de-France d'abord, et à l'intérieur de celle-ci sur la capitale et le département qui la borde à l'ouest.

Cette géographie est celle des sièges sociaux déclarés, et non celle des activités de représentation. Une organisation domiciliée à Paris peut agir sur des sujets sans lien avec la région, et une organisation implantée ailleurs peut se faire représenter dans la capitale. Le fichier ne permet pas de distinguer les deux.

Elle recoupe néanmoins la géographie du pouvoir administratif : les ministères, les autorités indépendantes et les deux assemblées siègent à Paris.

Lyon compte vingt-trois fois moins d'inscrits que Paris

Le classement par commune donne la mesure de l'écart. Paris compte 1 642 organisations, arrondissements confondus. Lyon, deuxième ville du classement, en compte 71.

Le rapport entre les deux est de 23,1. Viennent ensuite Courbevoie, avec 56 organisations, et Puteaux, avec 54 : deux communes des Hauts-de-Seine qui forment le quartier d'affaires de La Défense, et qui devancent donc toutes les métropoles régionales à l'exception de Lyon.

Viennent ensuite Boulogne-Billancourt, avec 50 organisations, et Issy-les-Moulineaux, avec 47, puis Rennes avec 34, Bordeaux et Marseille avec 31 chacune, et Neuilly-sur-Seine avec 30. Six des dix premières communes du classement se trouvent en Île-de-France, et cinq d'entre elles dans les seuls Hauts-de-Seine.

Rapporté à la population, l'écart entre Paris et Lyon serait moindre. Le fichier ne porte aucune population de référence, et ce calcul ne peut donc pas être conduit ici.

Les sociétés commerciales forment la première catégorie, à 29,8 %

La Haute Autorité classe chaque organisation dans une catégorie qu'elle déclare elle-même. Les sociétés commerciales et civiles, cabinets d'avocats exclus, arrivent en tête avec 1 104 organisations, soit 29,8 % des actifs.

Viennent ensuite les organisations syndicales et professionnelles, au nombre de 813, soit 21,9 %, puis les associations, au nombre de 787, soit 21,2 %. Ces deux catégories réunies pèsent 43,2 % du répertoire, davantage que les sociétés commerciales.

Les cabinets de conseil forment la quatrième catégorie, avec 249 organisations et 6,7 % du total, devant les fédérations professionnelles, à 246, et les chambres consulaires, à 191.

Cette répartition dit qui s'inscrit, et non qui pèse. Le fichier ne hiérarchise pas les organisations selon leur influence, notion qu'aucune donnée déclarative ne mesure. Une confédération syndicale et une entreprise unique y comptent chacune pour une ligne.

Six cent quatre-vingt-treize organisations agissent pour le compte d'un tiers

Le répertoire distingue les organisations qui défendent leurs propres intérêts de celles qui interviennent pour le compte d'un client. Parmi les actifs, 693 déclarent agir pour un tiers, soit 18,7 %.

Cette proportion est plus large que la seule catégorie des cabinets de conseil, qui compte 249 organisations. Des cabinets d'avocats, des agences de communication et des fédérations agissant pour leurs adhérents entrent également dans ce cas.

La distinction compte pour la lecture du reste du fichier. Une organisation qui agit pour un tiers déclare des actions qui ne sont pas les siennes, et ses dépenses de représentation sont celles d'un prestataire, non celles du bénéficiaire final.

Le répertoire publie par ailleurs la liste des clients de ces organisations, dans un fichier distinct qui n'est pas repris ici.

Quatre déclarants sur dix dépensent moins de dix mille euros

Chaque organisation déclare, par exercice, une tranche de dépenses consacrées à la représentation d'intérêts. Sur les 3 704 actives, 3 327 ont déclaré une tranche pour au moins un exercice ; les 377 autres n'en portent aucune.

La tranche la plus basse, moins de dix mille euros, rassemble 1 427 organisations, soit 42,89 % des déclarants. En y ajoutant la tranche suivante, de dix mille à vingt-cinq mille euros, on atteint 53,89 % : plus d'un déclarant sur deux consacre moins de vingt-cinq mille euros par an à cette activité.

75,53 % des déclarants restent sous cent mille euros. À l'autre extrémité, une seule organisation atteint ou dépasse dix millions d'euros, et trente-trois atteignent ou dépassent le million.

Ces tranches ne mesurent pas un budget d'influence. Elles agrègent des frais de personnel, de conseil et de déplacement selon un périmètre que chaque organisation apprécie, et la Haute Autorité ne les vérifie pas une par une.

Tranche de dépenses annuelles déclaréesOrganisationsPart des déclarantsPart cumulée
Moins de 10 000 euros1 42742,89 %42,89 %
De 10 000 à 25 000 euros36611,00 %53,89 %
De 25 000 à 50 000 euros33710,13 %64,02 %
De 50 000 à 75 000 euros2176,52 %70,54 %
De 75 000 à 100 000 euros1664,99 %75,53 %
De 100 000 à 200 000 euros34610,40 %85,93 %
200 000 euros ou plus46814,07 %100 %

L'agriculture et l'agroalimentaire, premier domaine d'intervention

Sur les douze derniers mois, 22 255 activités de représentation ont été publiées. L'agriculture et l'agroalimentaire y sont cités le plus souvent, dans 4 424 d'entre elles, soit 19,9 %.

L'économie suit avec 4 144 activités, soit 18,6 %, puis la santé avec 3 811, soit 17,1 %, et l'environnement avec 3 547, soit 15,9 %. Viennent ensuite les finances publiques et l'énergie, autour de 10,5 % chacune.

Le classement porte sur les seules activités publiées depuis un an, pour la raison exposée plus bas : la nomenclature de la Haute Autorité a changé, et les deux grilles coexistent dans le fichier.

Une même activité peut porter sur plusieurs domaines, et les parts ne s'additionnent donc pas à cent. Elles se lisent comme la fréquence à laquelle chaque domaine est cité. Sur la fenêtre de douze mois précédente, l'agriculture et l'agroalimentaire venaient déjà en tête, à 19,27 %, devant la santé à 17,68 %.

Bercy et Matignon en tête des administrations démarchées, les parlementaires des responsables

Le fichier recense, pour chaque action, le département ministériel visé. Les décomptes qui suivent sont cumulés depuis la création du répertoire, en avril 2018, et non sur douze mois comme ceux de la section précédente. Le ministère de l'Économie et des finances arrive nettement en tête, cité dans 25 432 actions.

Les services du Premier ministre suivent avec 21 201 actions, puis le ministère chargé de l'environnement, de l'énergie et de la mer avec 15 494. Les agents d'administration centrale de l'État, catégorie qui ne désigne aucun ministère en particulier, en comptent 14 367.

Les affaires sociales et la santé viennent ensuite, avec 10 895 actions, devant l'agriculture, l'agroalimentaire et la forêt, à 8 201.

Le fichier recense aussi le type de responsable public visé. Les parlementaires et leurs collaborateurs viennent en tête, dans 70 312 actions distinctes, devant les membres du Gouvernement et de cabinets ministériels, à 60 095. Suivent les agents de l'État, à 17 473, et les titulaires d'un emploi à la décision du Gouvernement, à 17 446. Les élus locaux et leurs collaborateurs ne viennent qu'au sixième rang, à 6 345 actions.

Trois pièges de ce fichier, et ce qu'ils changent aux décomptes

Ce répertoire est publié sous plusieurs formes, et le choix de la forme change les résultats. Les trois écueils suivants ont été rencontrés et traités pour établir les chiffres de cette page.

Le premier tient aux vues dites fusionnées, où chaque fiche d'activité est répétée pour chaque combinaison de domaine, de responsable public et d'action. Une fiche portant deux domaines, trois responsables et trois actions y occupe vingt-quatre lignes, et compter les lignes multiplie les décomptes par une cinquantaine. Les vues séparées, employées ici, ne présentent pas ce défaut.

Le deuxième tient à la nomenclature des domaines, qui a changé. Les anciens libellés et les nouveaux coexistent dans le même fichier, sur des activités strictement disjointes : « Système de santé et médico-social » d'un côté, « Santé » de l'autre. Sur 148 libellés recensés, 80 n'ont plus servi depuis 2024. Les compter ensemble scinde chaque sujet en deux ; les additionner mélange dix ans d'archives avec l'année en cours. Les chiffres de cette page portent donc sur les douze derniers mois, période où l'ancienne nomenclature n'apparaît plus que trente-sept fois sur 37 861 mentions.

Le troisième tient aux noms des ministères, qui sont coupés sur leurs virgules à l'export. « Environnement, énergie et mer » y devient deux entrées distinctes, portant exactement les mêmes actions. Huit libellés étaient ainsi scindés, et les recoller était nécessaire avant tout classement.

Ce que l'inscription signifie, et ce qu'elle ne signifie pas

L'inscription au répertoire est une obligation légale, pas un aveu. Elle signale qu'une organisation a engagé des actions destinées à influencer une décision publique, ce que la loi encadre et rend public depuis 2017.

Le fichier ne dit rien du résultat de ces actions. Il ne permet pas de savoir si une décision publique a été modifiée, ni dans quel sens, ni sous l'effet de quelle organisation. Aucune des données reprises ici n'établit un lien entre une démarche et une décision.

Il ne mesure pas non plus l'influence. Une organisation qui déclare beaucoup d'actions n'est pas nécessairement plus écoutée qu'une autre qui en déclare peu, et le nombre de déclarations dépend autant des pratiques internes de chacune que de son activité réelle.

Enfin, les données sont déclaratives. La Haute Autorité en contrôle la cohérence et peut engager des procédures, mais elle ne reconstitue pas les activités qui ne lui sont pas déclarées. Une absence du répertoire n'établit donc pas une absence d'activité de représentation.

Ce que la donnée ne dit pas

Le répertoire ne mesure aucune influence. Le nombre d'actions déclarées dépend autant des pratiques internes de chaque organisation que de son activité réelle.

Aucun lien entre une démarche et une décision publique ne figure dans ces données. Le fichier ne dit pas si une décision a été modifiée, ni dans quel sens.

Les données sont déclaratives. Une absence du répertoire n'établit pas une absence d'activité de représentation d'intérêts.

Les tranches de dépenses agrègent des frais de personnel, de conseil et de déplacement selon un périmètre que chaque organisation apprécie. Elles ne sont pas vérifiées une par une.

La géographie est celle des sièges sociaux déclarés, non celle des activités. Le fichier ne permet pas de savoir où une action a été menée.

Aucune population de référence n'accompagne le fichier. Les comparaisons entre villes ou départements ne peuvent donc pas être rapportées au nombre d'habitants.

La nomenclature des domaines a changé : 80 des 148 libellés recensés n'ont plus servi depuis 2024. Aucune comparaison de classement ne franchit ce changement ; seules deux fenêtres de douze mois postérieures se comparent entre elles.

Une même activité peut porter sur plusieurs domaines et viser plusieurs administrations. Les parts par domaine ne s'additionnent pas à cent.

Sources

  1. Source primaire

    Répertoire des représentants d'intérêts, vues séparées, mise en ligne du 2 septembre 2026, relevé le 3 septembre 2026

    Haute Autorité pour la transparence de la vie publiquePublié le 2 septembre 2026

Questions fréquentes

Combien d'organisations sont inscrites au répertoire des représentants d'intérêts ?

4 079 au 2 septembre 2026, dont 3 704 encore actives. Les 375 autres ont déclaré cesser leur activité de représentation d'intérêts.

Où sont implantés les représentants d'intérêts ?

2 083 des 3 704 organisations actives ont leur siège à Paris ou dans les Hauts-de-Seine, soit 56,2 %. Paris compte 1 642 organisations contre 71 à Lyon, deuxième ville du classement.

Combien dépensent les représentants d'intérêts ?

42,89 % des déclarants annoncent moins de dix mille euros par an, et 75,53 % moins de cent mille. Une seule organisation déclare plus de dix millions d'euros. Ces tranches sont déclaratives et ne sont pas vérifiées une par une.

Quels sujets les représentants d'intérêts visent-ils ?

Sur les douze derniers mois, l'agriculture et l'agroalimentaire arrivent en tête, cités dans 19,9 % des activités publiées, devant l'économie à 18,6 % et la santé à 17,1 %. Une activité pouvant porter sur plusieurs domaines, ces parts ne s'additionnent pas à cent.

Quelles administrations sont les plus démarchées ?

Le ministère de l'Économie et des finances, cité dans 25 432 actions, devant les services du Premier ministre, à 21 201. Les parlementaires et leurs collaborateurs sont les responsables publics les plus souvent visés, dans 70 312 actions distinctes, devant les membres du Gouvernement, à 60 095.

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Cet article appartient à la rubrique Législatif FR & UE, tenue par Clémence PGRAI.

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